Velly     Georges Rubel
 
 

Né à Paris en 1945. Études secondaires. Baccalauréat de philosophie. Élève de Jacques Moreau, dit Le Maréchal, qui lui apporte, de 1963 à 1965, les premières notions de l’art du peintre et du graveur. À partir de 1972, il fréquente les cours du soir pour adultes de la Ville de Paris, plus particulièrement l’atelier du maître graveur Jean Delpech.


Depuis 1974 jusqu’à ce jour, il participe à nombre d’expositions collectives, tant en France qu’à l’étranger.


Achats par la Bibliothèque nationale et l’État; par le Fine Arts Museum de San Francisco. Nombreuses collections particulières.

Figure dans de nombreux catalogues et publications, dont  « L’Art visionnaire », de Michel Random, 1979 et 1991; «De Bonnard à Baselitz: dix ans d’enrichissement du Cabinet des estampes, 1978-1988», Bibliothèque nationale, Paris, 1992.

Sociétaire artiste de la Jeune Gravure Contemporaine (JGC) depuis 1980.



1.Pour le titre de La Montagne des Signes, d’Antonin Artaud, 1983 : très belle épreuve sur Richard-de-Bas et chine appliqué du tirage de souscription au livre, numéro 33/40

2.  Partie de campagne ancienne et moderne, 1975-1976 : épreuve sur Arches du tirage original, numérotée 72/99

3.  Petit Voyage en Nostalgie, 1978 : épreuve du quatrième état avant aciérage et BAT, sur Rives, numérotée 2/3,

4.  L’Apprentissage de la solitude, Etat II, 1983 : épreuve d’essai avant tirage sur Lana et chine appliqué blanc

5.  Les Caprices du temps, Etat I, 1998 : épreuve de l’édition de la JGC, en épreuve d’artiste sur Rives et chine appliqué, numérotée X/X

6. La Montagne éphémère, 1980 : épreuve sur Rives et chine appliqué blanc hors cuvette du tirage original, numérotée 68/96

      7. Pour L’Amertume des nectars, de Patrick Boman, 2003 : épreuve sur Lana du tirage original en suite, numérotée III/XXX



 

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Erik Desmazières

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Yves Doaré

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François Lunven

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Jacques Le Maréchal

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Georges Rubel

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Philippe Mohlitz

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Mordecai Moreh

En guise de confession


Je suis né à Paris en 1945, quelques mois avant la fin de la guerre, accompagné d’un frère faux jumeau : nous partageâmes, chacun dans sa coquille, le ventre de notre mère. Deux aventures très différentes étaient ainsi entamées. Mon frère dut assumer le rôle de l’élément fort, celui que l’on aime tant à valoriser sans coup férir au sein du couple gémellaire, position éminemment périlleuse pour l’intéressé, parce qu’elle ne permet pas l’échec ; moi, j’eus l’avantage d’incarner l’élément faible, à qui on concédait un alibi confortable : toute licence me fut accordée pour jouer la différence : je pus faire aimablement le fou sans trop essuyer de reproches, notamment pour ce qui est de la chose scolaire…


Nous vivions avec nos parents et notre sœur aînée en banlieue sud de Paris, dans une petite cité-jardin, la Butte-Rouge, construite en 1936 par un pionnier de l’habitat ouvrier modèle, Henri Sellier, très influencé par les expériences viennoises d’urbanisme vert du début du siècle. Les coquettes habitations collectives à deux étages étaient toutes peintes en rose et baignaient dans la végétation luxuriante de multiples jardinets jouxtant l’encore sauvage bois de Verrières. Ce débordement de rose et de vert ne fut sans doute pas étranger à l’éveil de mes premiers remuements artistiques ; en ajoutant à cela le jeu incessant des mouvements climatiques, les intempéries et les éclaircies, les orgies d’ombre et de lumière, les agitations frénétiques des branches nues l’hiver sur un ciel limpide, voilà qui dut développer quelque peu favorablement des capacités contemplatives probablement déjà inscrites dans mon programme génétique.

Comme je l’ai déjà dit, ma scolarité fut une sorte d’échec planifié, mais qui ne m’empêcha pas malgré tout d’accoucher aux forceps d’un baccalauréat de philosophie, avec cependant deux années de retard. La vérité est que j’avais surtout, pendant les cours, décoré les marges de mes cahiers de graffiti n’ayant que peu de rapport avec les matières enseignées.

La rêverie constante et parasitaire qui me réjouissait tout en m’accablant me vaudra ce commentaire enthousiaste de mon cher frère : « Georges possède des capacités d’inattention remarquables ! »


Après le baccalauréat, et sur l’insistance d’une mère russophone, je m’inscrivis à l’École nationale des langues orientales vivantes pour y étudier le russe. Mais, là encore, je manquai de la plus élémentaire assiduité au profit de visites fréquentes chez l’ami artiste qui influencera, en fin de compte, ma trajectoire : Jacques Moreau, dit Le Maréchal, peintre et graveur dans la mouvance du surréalisme, dont l’univers poétique est original et envoûtant. Francis Mockel et Jean-Pierre Velly, maîtres majeurs de la gravure contemporaine, m’offriront aussi, en même temps que leur amitié, de précieux conseils. Par la suite, je rencontrerai, dans la presse parisienne où j’exercerai à mi-temps le métier de correcteur, un autre Moreau : Marcel, écrivain viscéral dont le jazz verbal se mêlera à mes rythmes propres.

C’est Le Maréchal qui au début m’apporta les rudiments de l’art du graveur et du peintre. Puis je fréquentai à Montparnasse les cours du soir pour adultes de la Ville de Paris, dans la classe de gravure de Jean Delpech ; là je rencontrai des artistes avec qui je partageai la passion de l’image appelée par l’outil acéré à surgir des profondeurs du cuivre selon un processus lent et exigeant : Yves Doaré, Erik Desmazières, François Houtin, Étienne Lodého, Didier Mazuru, Philippe Mohlitz…

J’avais commencé mes activités artistiques en 1970. Elles n’allèrent pas, toutes les années suivantes, sans occasions de rencontres passionnantes, d’échanges riches et féconds avec des galeristes, des collectionneurs, des peintres, graveurs, poètes et écrivains. Je me souviens de Roger Kowalski, poète mais aussi galeriste, qui m’exposa dans sa galerie à Lyon avec tout le groupe de ceux que Michel Random appelera par la suite les « visionnaires », dont les précités, et aussi Mordecaï Moreh, Hélène Csech, Paul Hickin, et bien d’autres. C’est Michèle Broutta qui s’occupera, dès le début, d’assurer avec Random la promotion intellectuelle de ce groupe soudé plus par l’amitié que par de quelconques certitudes théoriques.


Certes, l’art de la gravure, aussi artisanat consciencieux, assujettissement à un métier minutieux, est davantage qu’un autre propre à révéler des bonheurs ou des malheurs d’ordre intime : l’image ne se donne pas d’emblée ; elle est sans cesse différée au fur et à mesure de métamorphoses difficilement contrôlables qui donnent lieu aux suites d’états, plus intéressantes en définitive que l’image achevée elle-même. Ma Partie de campagne ancienne et moderne (1975-1976), par exemple, donna lieu pendant deux ans à une bonne trentaine d’états. Le seul élément resté immuable dans la composition est le couple de squelettes copulant allégrement au sommet d’une tête de mort embourbée dans le marécage vital. On remarquera qu’au fur et à mesure des états deux petits personnages à demi immergés finissent par apparaître dans ce qui constitue la prison amniotique… involontaire : sans doute mon frère et moi-même. Prenez une loupe pour mieux voir le détail : en surface nous gardons les yeux fermés ; mais notre reflet dans la substance liquide nous montre les yeux écarquillés.

Une telle vision ne se dessine pas ; elle se grave : il faudra longtemps avant que la pointe sur le cuivre la fasse naître selon une nécessité imparable, celle des forces inconscientes en travail.

Je pourrai ainsi décrire par le menu tout un voyage analytique. Mes gravures sont les fragments d’une thérapie absolument nécessaire, faite non pas sur le divan, mais sur le métal, sur la feuille, avec la pointe et le burin, l’acide ou, actuellement, des couleurs transparentes sur du papier tendu.

C’est pourquoi, et pour conclure, je dis, avec l’accent délicieux des banlieues parisiennes : « J’le fais pas vraiment exprès ! »

Mais j’entends déjà mon père s’exclamer — c’était en 1992, lors d’une exposition à Paris de mes petites peintures : « J’y suis tout de même pour quelque chose ! »

                                    Georges Rubel 


Georges Rubel


Né à Paris en 1945 ; études secondaires, baccalauréat de philosophie. Après un bref séjour à l’École nationale des langues orientales vivantes pour l’étude du russe, devient correcteur dans la presse parisienne. Il met à profit les loisirs que lui laisse son métier pour dessiner, graver et peindre. À partir de 1972, il fréquente le cours du soir pour adultes de la Ville de Paris dans l’atelier de Jean Delpech.

Dès cette date, et jusqu’à aujourd’hui, il participe à de nombreuses expositions collectives, tant en France qu’à l’étranger.

Figure dans de nombreuses collections particulières ;

Collections publiques : Museum of Fine Arts de San Francisco ; Paris, Bibliothèque nationale (achats).

Publications : « L’Art visionnaire », Michel Random, première et seconde éditions, Paris, 1979, 1991 ;

« De Bonnard à Bazelitz. Dix ans d’enrichissement du Cabinet des Estampes », Bibliothèque nationale, Paris, 1992.